vendredi 19 août 2011

L'éditorial de Laurent Joffrin

Crise : l'autre stratégie pour en sortir

Equité sociale, maîtrise de la finance, réhabilitation du rôle des Etats... C'est le modèle dont les puissants ne veulent pas, parce qu'il porte atteinte à leurs intérêts.

Il y a dans cette crise une vaste entourloupe en cours, masquée par le tumulte des marchés et la noria des réunions d'urgence : les idées qui nous gouvernent depuis trente ans s'effondrent sous nos yeux, mais ceux qui les défendent sont toujours en place et font prévaloir leurs vues.

Dans le brouillard de l'événement, sous les apparences de la dure nécessité, les féodalités financières et les classes dirigeantes imposent progressivement aux gouvernements un programme de fer qui préserve leurs intérêts, alors même que leur influence sur la planète apparaît maintenant à tous pour ce qu'elle est : une désastreuse sacralisation de l'argent fou.

D'expédients en mesures transitoires, de replâtrage en improvisation, les gouvernements conscients des enjeux mais incapables de s'unir sur une stratégie se dirigent lentement vers les solutions préconisées par les maîtres de l'argent : maintien du pouvoir des marchés, refus des réformes de structure de la finance et de la banque, coupes dans les dépenses publiques pour rembourser la dette. Autrement dit, protection des possédants et austérité pour les peuples.

On concède une mesure d'équité, on annonce de courageuses réformes pour plus tard, on trouve ici une rustine nouvelle ou là une béquille de fière apparence. Mais, en fait, les dogmes les plus usés sont toujours actifs : moins d'Etat, moins d'impôts, moins de salaires, plus de bonus. Le système financier qui a conduit la planète à la plus grande crise depuis 1929 restera en place.

Pourtant d'autres solutions existent, qui n'ont rien de farfelu ni de démagogique, avancées par des forces politiques importantes et par des experts reconnus.

Elles sont diverses, parfois contradictoires, elles émanent de courants idéologiques variés et ne sont pas toujours réunies dans un plan opérationnel et cohérent. Mais en les examinant sérieusement, on peut dégager une stratégie alternative à celle du monde de la finance, stratégie qui demande elle aussi des efforts, qui comporte sa part de risque, mais qui a le mérite de satisfaire à la fois à une meilleure équité et de tenir compte du nouvel état de la planète.

La première en urgence consiste, selon l'expression consacrée, à "monétiser les dettes souveraines", c'est-à-dire à financer une part des dépenses de l'Etat avec des prêts consentis par la Banque centrale européenne. Techniquement, la BCE déciderait d'acheter aux Etats les obligations qu'ils émettent pour se financer. Autrement dit, au lieu d'emprunter sur les marchés, les Etats emprunteraient auprès de la Banque, qui accorderait des conditions plus favorables. Comme la BCE achète ces titres en créant de la monnaie, on parle de "monétiser la dette".

Economiste chez Natixis, un temps conseiller du PS, Patrick Artus en est l'opiniâtre avocat. Sous des formes variées, on retrouve cette proposition dans le discours de la gauche américaine ou encore chez les experts du mouvement vert ou chez les économistes critiques. Certes, l'innovation risquerait de conduire Jean- Claude Trichet, le président de la BCE obsédé par le risque inflationniste, à une immolation par le feu. Mais elle soulagerait les finances publiques, elle rassurerait les créanciers, certains d'être remboursés, et elle éviterait aux peuples une austérité socialement insupportable.

Les orthodoxes, bien sûr, crieront au scandale. Les crédits ouverts sont autant de liquidités nouvelles. On crée de la monnaie ? Voici revenu le spectre horrifique de la planche à billets et de l'inflation ! Sauf qu'Artus a depuis longtemps répondu à cet argument : il y a inflation si les liquidités nouvelles créent, par excès de la demande sur l'offre, des tensions sur les marchés de biens et de services qui pousseraient les prix vers le haut. En période de récession ou de croissance lente, cette éventualité est improbable : une partie des capacités de production est inemployée ; si la demande augmente, l'offre peut suivre sans tension sur les prix.

Il y a un risque ? Certes. Mais rappelons que l'autre solution, celle des banquiers, consiste à exiger une livre de chair des classes moyennes et populaires et à programmer une récession de plusieurs années, qui ruinera encore plus sûrement les finances publiques, comme on le voit en Grèce...

Cette médication de court terme, dont il faut évidemment user avec prudence, permettrait seulement d'amortir le choc de la dette. Elle devrait être relayée par une réforme fiscale audacieuse, qui permettrait d'accroître la contribution des classes riches, si longtemps favorisées par le reaganisme planétaire, et assurerait aux Etats les moyens de faire face à leurs engagements. Là aussi les propositions existent. On en trouve de fort judicieuses chez Obama ou encore dans les projets des candidats socialistes à l'élection présidentielle française. Berlusconi soi-même vient de taxer un peu plus les riches... C'est le sabotage politique des conservateurs - les Tea Party américains par exemple - qui empêche leur mise en oeuvre. Ces mesures devraient évidemment être couplées avec une réforme des marchés financiers : séparation entre banques de spéculation et banques civilisées, réduction des paradis fiscaux, taxation légère des transactions financières dont on parle depuis vingt ans sans jamais rien faire, etc.

Tout cela débouche sur un modèle de développement différent : équité sociale, maîtrise de la finance, promotion de l'industrie et de la technologie sous contrainte écologique, réhabilitation du rôle des Etats démocratiques, seuls légitimes à décider d'une stratégie collective. Un modèle dont les puissants ne veulent pas, parce qu'il porte atteinte à leurs intérêts. Ainsi le destin des peuples se joue peut-être dans leur dos, dans la torpeur de l'été, au fil des discussions discrètes qui réunissent politiques et représentants de l'oligarchie. Laissera-t-on faire ?

Laurent Joffrin - Le Nouvel Observateur

mercredi 17 août 2011

Liberté pour la famille Limani

Rassemblement

jeudi 18 août à 18h

à Montluçon, devant la sous préfecture


Mardi 16 août au matin, la famille Limani albanaise du Kosovo, dont un enfant de 14 ans et son frère de 17 ans lourdement handicapé, a été arrêtée à Montluçon.

Récemment déboutée de sa demande auprès de l'OFPRA (office français de protection et réfugiés apatrides), la famille était sous le joug d'une OQTF (obligation à quitter le territoire français) depuis le 12 août. Ils avaient théoriquement un mois de répit mais la préfecture de l'Allier en a décide autrement en venant les chercher à leur hôtel.

mardi 16 août 2011

Sarkozy aligne la France sur les conservateurs allemands contre la solidarité européenne

Face à la crise historique que traverse la zone euro, la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel marque un nouveau sommet d’impuissance.

Incapables de proposer une réponse commune ambitieuse contre la spéculation et la récession, les conservateurs français et allemands ne savent coordonner que l’austérité qu’ils imposent aux peuples d’Europe. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel forment désormais le « couple de la croissance zéro » pour la France et l’Allemagne.
Le soi-disant pacte de compétitivité Sarkozy-Merkel n’est en réalité qu’un pacte d’austérité.
Cette rencontre est en fait un recul pour la France et un revers pour Nicolas Sarkozy. Le plus inquiétant c’est que le président de la République en est désormais réduit à aligner la France sur les conservateurs allemands, qui refusent toute véritable solidarité européenne. Nicolas Sarkozy a dû ainsi abandonner toute idée d’euro-obligations et de renforcement du Fonds européen de stabilité financière, et s’est aligné sur l’exigence d’une soi-disant « règle d’or » imposée à toute l’Europe.

Le président français et la chancelière allemande n’ont fait que des annonces vagues concernant la taxe sur les transactions financières et le gouvernement économique européen, sans aucune mesure précise pour en faire des réalités.

L’inaction et le renoncement des droites européennes mènent nos pays au désastre économique et social. Notre continent a besoin d’une véritable ambition politique, alors que les conservateurs ne proposent que des politiques d’austérité qui cassent toute relance sans rétablir l’équilibre des comptes publics.

L’Europe n’a pas besoin de manoeuvres politiciennes, elle a besoin de soutien à l’activité économique, à l’emploi, à la croissance. Notre continent a besoin de mesures fortes de régulation, d’un budget européen renforcé et d’une gouvernance efficace, d’euro-obligations, d’une véritable taxe de 0,05% sur les transactions financières en Europe, du contrôle des agences de notation et d’une agence publique.

La lutte contre l’endettement est aussi une priorité anti-crise. En France, à l’inverse de la politique de cadeaux fiscaux menée depuis dix ans, cela demande un budget 2012 qui fasse immédiatement contribuer les plus aisés et les revenus du capital.

dimanche 14 août 2011

L’économie française en pleine rechute

L’autosatisfaction du gouvernement et du Président de la République n’aura pas résisté longtemps à la réalité de la situation économique : la France n’est pas sortit de la crise et la croissance a été nulle au deuxième trimestre.

L’investissement des entreprises a fortement ralentit (de +1,9% au premier trimestre à +0,7% au deuxième), la consommation des ménages subit le coup de l’aggravation du chômage et de la politique d’austérité sans précédent menée par le gouvernement et recule fortement (-0,7%). Les exportations stagnent (+0,0%). Seul le repli des importations (-0,9%) évite le retour à une croissance négative.

Ces résultats du deuxième trimestre ainsi que les estimations de la Banque de France pour les trimestres à venir rendent évident que la prévision de croissance de 2% pour 2011 ne sera pas atteinte. Celle pour 2012 devient encore plus irréaliste.

Le gouvernement ne peut nier sa responsabilité et avancer des explications partiales, elle est accablante : la politique d’austérité sans précédent et l’incohérence de la politique industrielle ont cassé la reprise sans réduire les déficits. Et que dire des actions menées au niveau européen et international ? Au-delà des discours de bonnes intentions, seules des demi-mesures ont été adoptées et l’Europe s’enfonce dans une crise sans précédent.

Il est plus que temps de réagir !

Nous devons:

  • Mettre fin à la politique d’austérité sans précédent engagée par le gouvernement, qui n’a eu pour seul effet que de casser la reprise et de dégrader les comptes publics, à l’inverse des effets recherchés.

Le Parti socialiste propose depuis plusieurs mois des mesures tant nationales qu’européennes. Pour retrouver le chemin de la croissance et créer à nouveau des emplois, seul moyen de rétablir les recettes publiques et donc lutter contre les déficits, nous devons :

  • Mener une politique industrielle cohérente et ambitieuse dont l’objectif n’est pas la réduction du coût du travail, qui ne fera que nous enfermer sur des secteurs à faible valeur ajoutée, mais de permettre la montée en gamme de notre production et la constitution de filières solides.
  • Lancer enfin une politique de l’emploi qui permettra aux millions de Français touchés par le chômage de retrouver le chemin du travail, ce qui commence par la création de 300.000 emplois d’avenir et une politique de répartition plus juste des revenus pour soutenir la consommation

  • Le gouvernement doit réviser ses prévisions de croissance pour 2012 et annoncer immédiatement les mesures prises pour réduire le déficit : annulation de l’allègement de l’ISF et ses 2 milliards d’euros de cadeaux aux plus aisés, suppressions des exonérations sur les heures supplémentaires et l’ensemble des cadeaux fiscaux de manière à, dès 2012, soutenir la croissance et lutter contre l’endettement et le déficit. Le Parti socialiste propose une réforme fiscale ambitieuse qui fasse contribuer les plus aisés et les revenus du capital au financement des investissements d'avenir et des solidarités et à la réduction de l'endettement.
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