mardi 14 décembre 2010

L'éditorial de Laurent Joffrin



Hortefeux ou boutefeu ? La position adoptée par le ministre de l’Intérieur dans l’affaire de Bobigny est proprement extravagante. Elle rend de surcroît le plus mauvais service qui soit à la police française. Faut-il rappeler les faits incriminés ? Pour camoufler une faute par eux commise, les agents condamnés ont inventé une histoire et falsifié des procès-verbaux pour accuser un innocent, qui risquait, si cette fable n’avait pas été découverte, de passer dix ou quinze ans derrière les barreaux. Les policiers sont les garants de l’application de la loi. S’ils l’enfreignent au détriment d’un innocent, outre qu’ils deviennent des délinquants, ils minent la confiance du public envers les forces de l’ordre. Certes la police effectue un travail essentiel dans des conditions d’une grande difficulté, surtout dans les zones urbaines sensibles. Certes les policiers peuvent être choqués, dans certains cas, de voir leurs enquêtes déboucher sur un élargissement des prévenus, même si celui-ci dérive la plupart du temps de l’application de la loi par les juges. Mais si une faute de cette nature - qui consiste à fabriquer un faux coupable pour éviter des ennuis - n’est pas sévèrement sanctionnée, la suspicion envers l’appareil policier devient générale. Surtout dans des quartiers où les rapports entre police et population sont dangereusement tendus. François Fillon l’a d’ailleurs tardivement compris, puisqu’il a désavoué l’homme de la place Beauvau.

Le ministre de l’Intérieur est solidaire de ses fonctionnaires quand ils font leur travail. Mais s’il déplore la punition des moutons noirs, il met sur le même plan l’immense majorité des policiers qui respecte la loi et la petite minorité qui s’en affranchit. Il porte atteinte à l’ordre républicain, alors qu’il est chargé de le défendre.

lundi 13 décembre 2010

105 ans après, la laïcité, une exception française, socle de notre pacte républicain

ll y a 105 ans, le parlement de la République adoptait la grande loi du 9 décembre 1905 portant "séparation des églises et de l’Etat", principe qui trouve aujourd’hui son fondement constitutionnel à l’article 1er de notre Constitution, lequel dispose que « la France est une République (…) laïque (qui) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction (…) de religion » et « respecte toutes les croyances ».

Plus d’un siècle après le vote de la loi du 9 décembre 1905, chacun peut vérifier combien la singularité de la laïcité qu’elle a instituée, véritable exception française, s’est révélée garante du pacte républicain et de notre "vivre ensemble" :


Exception française, que les socialistes entendent revendiquer pleinement et tout autant défendre, car si bien des démocraties, à commencer au sein de l’Union, s’affichent laïques, notre conception, elle, dissocie sans ambiguïté l’universalisme des principes, réservé à la sphère publique, et l’expression des convictions religieuses, renvoyée aux particularismes de la sphère privée. C’est cette primauté des lois et des principes de la République qui, nonobstant le respect de la liberté de culte, exclut – entre autres - toute rupture de l’égalité homme-femme, toute remise en cause d’une éducation nationale et l’édiction de programmes communs d’enseignement, ou encore, toute prise en compte de quelque dogme que ce soit, s’agissant des questions de santé ou de bioéthique.

Garante, aujourd’hui comme hier, de notre pacte républicain et de son "vivre ensemble" comme l’attestent tant la possibilité avérée pour les collectivités territoriales qui le souhaitent de permettre la construction de mosquées dans les limites rigoureuses fixées par la loi de 1905, que l’adhésion de l’immense majorité de nos compatriotes de confession ou de tradition musulmane, à la laïcité, réalité que ne saurait occulter ni quelques comportements fondamentalistes minoritaires – fussent-ils volontiers montés en épingle - ni et encore moins les attitudes et propos à caractère islamophobe – fussent-ils insidieux - auxquels se livre de façon régulière le pouvoir en place.

La loi de 1905 est d’abord une loi de liberté, individuelle comme collective, qui, d’une part, à tout citoyen ou résident français, « assure la liberté de conscience », celle de croire autant que de ne pas croire, et, d’autre part, garantit « le libre exercice des cultes ». Elle est tout autant une loi d’égalité dès lors qu’elle impose aux institutions publiques, leurs autorités comme leurs agents, une neutralité totale vis-à-vis de toutes les croyances qu’édicte la règle suivant laquelle « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Elle est enfin une loi de fraternitépermettant l’expression de nos différences dans un même creuset républicain.


Cette modernité du principe de laïcité appelle de l’Etat qu’il continue à assumer sans faillir ses obligations propres, à commencer par celle de neutralité vis-à-vis de l’ensemble des cultes.


Pour les socialistes, il est du devoir de l’Etat et, par delà lui, de tout citoyen, de défendre la laïcité – une laïcité pour tous ! – et de veiller scrupuleusement au respect de ce principe constitutionnel, consubstantiel de notre identité républicaine, héritage de tous les Français « sans distinction d’origine (…) ou de religion », et, par delà eux, bien commun de tous ceux qui vivent sur le territoire de la République.

dimanche 12 décembre 2010

Le dessin du jour

Neige : de l'Intérieur, Hortefeux n'a pas vu la « pagaille »

Dessin de Na! sur la neige.

samedi 11 décembre 2010

"Démocratie française"

Un syndicaliste détenu "préventivement" lors d'une visite de Sarkozy dans l'Allier

Le 25 novembre, Nicolas Sarkozy est dans l'Allier, au chevet du monde agricole. Depuis la défaite de la majorité aux élections régionales, huit mois plus tôt, le chef de l'Etat multiplie les déplacements en milieu rural. La visite d'une exploitation agricole d'Isserpent, suivie d'une table-ronde organisée avec des agriculteurs au Mayet-de-Montagne, se déroule sans accroc. Le président passe en revue une troupe de charolaises impassibles, serre quelques mains et conclut en promettant de "protéger la ruralité".

Rien à voir avec l'ambiance hostile qui avait accompagné les déplacements présidentiels à Sandouville (Seine-Maritime), en octobre 2008, à Châtellerault (Vienne), en mars 2009, ou encore à Saint-Lô (Manche), le 12 janvier 2009. Cette dernière visite, émaillée de heurts entre policiers et manifestants, avait provoqué l'ire de M. Sarkozy et entraîné les mutations du préfet de la Manche et du directeur départemental de la sécurité publique.

Un précédent suffisamment marquant pour mettre les forces de l'ordre de l'Allier sur les dents : au Mayet-de-Montagne, une commune de moins de 2 000 habitants, 300 à 400 représentants de la force publique sont mobilisés. Face à eux, un petit groupe d'une quinzaine de personnes a prévu de manifester son hostilité au chef de l'Etat et à la réforme des retraites. L'un d'eux n'en aura pas l'occasion : Frédéric Le Marrec, un militant du syndicat SUD de 42 ans, passera les cinq heures de la visite de Nicolas Sarkozy dans les locaux de la gendarmerie.

Son récit au Monde.fr est confirmé par des sources proches de la gendarmerie, qui ont souhaité rester anonymes mais entendent dénoncer "des méthodes d'un autre âge". Frédéric Le Marrec a par ailleurs porté plainte contre X... pour "arrestation arbitraire", le 6 décembre, auprès du commissariat de Vichy, qui dément avoir enregistré une telle plainte.

"LES GENDARMES N'AVAIENT PAS GRAND-CHOSE À ME DIRE"

Educateur spécialisé dans un foyer pour adolescents du Mayet-de-Montagne, Frédéric Le Marrec prend son poste à 6 h 30, ce 25 novembre. A 9 h 30, il quitte le foyer en compagnie d'un autre militant pour rejoindre ses amis manifestants. Devant son lieu de travail, deux gendarmes l'attendent, qui le prient de les accompagner à la gendarmerie. Là, il est interrogé par deux fonctionnaires venus de Moulins au sujet d'un collage d'affiches en faveur du Nouveau Parti anticapitaliste, la nuit précédente. D'ordinaire, explique un policier consulté à ce sujet, "ce genre de dossiers, qui débouche au pire sur une contravention, est traité en moins d'une demi-heure".

Très vite, une fois réglée cette affaire de collage, "les gendarmes n'avaient plus grand-chose à me dire, raconte Frédéric Le Marrec. Et comme je n'étais pas officiellement en garde à vue, j'ai voulu m'en aller. Lorsque j'ai commencé à rassembler mes affaires, ils m'ont dit : 'On vous déconseille de partir'". Voulant "éviter tout incident", le militant prend son mal en patience. Au bout d'un moment, il reçoit cette mystérieuse confidence : "Le préfet vous en veut." Peu après 14 heures, Frédéric Le Marrec quitte la gendarmerie. L'hélicoptère de Nicolas Sarkozy a décollé quelques minutes auparavant.

"SI À 9 H 30 IL VA PISSER, IL FAUT QUE JE LE SACHE"

D'après les témoignages des sources proches de la gendarmerie obtenues par Le Monde.fr, il semble bien que le préfet de l'Allier, Pierre Monzani, ait joué un rôle dans ce dossier. Le 24 novembre, lors de la réunion organisée avec les responsables de la sécurité pour préparer la venue du chef de l'Etat, le préfet cite nommément Frédéric Le Marrec : "Si à 9 h 30 il va pisser, il faut que je le sache", lance ce proche de Brice Hortefeux. Une consigne apparemment prise très au sérieux par les gendarmes.

Selon ces sources, le militant est connu localement : "Il est grand, il porte toujours un bonnet, c'est une figure du Mayet-de-Montagne. Il a activement participé au conflit sur les retraites, prenant part à des blocages et des tentatives de blocage de dépôts d'essence et à un tractage sur des rails." Rien qui justifie ces longues heures d'une rétention"extrêmement limite au niveau de la légalité : Le Marrec n'est pas connu comme quelqu'un de violent, ses actions ont toujours été mesurées sur Le Mayet-de-Montagne. Apparemment, on a juste désigné cet homme comme un fauteur de troubles potentiel et on s'est occupé de lui de façon préventive".

Le préfet dément avoir évoqué le cas de Frédéric Le Marrec lors de cette réunion préparatoire : "Je ne connais pas ce monsieur. De façon générale, ce serait contre-productif de désigner une cible particulière à mes troupes, puisque celles-ci doivent se concentrer sur tous les dangers potentiels." Selon lui, le militant "veut se faire de la publicité dans le milieu syndicaliste" et a été particulièrement bien traité pendant sa rétention à la gendarmerie : "Le café que lui ont servi les gendarmes devait être bon pour qu'il s'attarde autant à la gendarmerie." La plainte a été transmise au procureur de la République.

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